16 – Être la source et l’océan [les banques, 3/∞]

Plus que jamais, cet épisode est libre ET inspiré de faits réels. N’hésitez pas à vous en servir pour parler de certains sujets à certaines personnes.

Un bon connard se doit d’acquérir une certaine humilité face à l’Histoire. En toute modestie, les Bastards-pionniers dont je fais partie n’ont fait que formaliser, sublimer et professionnaliser les techniques des connards de génie qui nous ont précédés. Les banques sont la parfaite illustration de cette admirable propension de l’Homme à créer une horlogerie minutieuse et implacable pour mieux broyer ses congénères. De simples dépositaires de notre argent, ces institutions sont parvenues à en devenir le récipiendaire principal… mais surtout la source.

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Pour comprendre comment les institutions financières ont réussi ce tour de force, il faut revenir à la source : l’argent. Il a fallu un connard pétri de bonnes intentions pour créer cette convention permettant d’échanger les valeurs créées par chacun d’entre nous. Car l’argent n’est qu’un symbole, une idée matérialisée par des coquillages, des bouts de métaux ou de papiers, pour représenter de la valeur. Et la valeur nait de notre exploitation des ressources naturelles, humaines et énergétiques.

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Le fait de symboliser, de transformer en un concept abstrait la valeur concrète que nous créons en transformant des ressources, est une idée aussi brillante que potentiellement machiavélique. N’importe quel professeur de mathématiques vous le dira : plus on prend de recul avec l’action tangible, plus on peut jouer avec les abstractions et se masturber les neurones jusqu’à l’inévitable pollution intellectuelle.

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Dès lors, en nous déconnectant de la valeur que nous mettons dans les ressources, de nombreux connards historiques ont pu s’en donner à cœur joie. Mais, à l’instar de Rome, les Banques Centrales ne se sont pas créées en un jour. Longtemps les représentants du peuple ont tenu à indexer la valeur de l’argent sur des choses concrètes, telles que les lingots d’or, et à conserver les clefs de la planche à billets, le fameux « pouvoir de création monétaire ». Ainsi, les pères fondateurs des États-Unis tenaient tellement ces principes comme des libertés fondamentales qu’ils les avaient gravés dans la constitution même. Il a fallu les crises financières de 1917 et de 1929 pour les y déloger.

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Nous produisons constamment des valeurs, donc il faut régulièrement créer du nouvel argent. Le système actuel est donc simple : c’est celui de l’argent-dette. Lorsque l’on va faire un prêt, le banquier crée l’argent sur notre compte, et nous lui signons en échange une reconnaissance de dettes. Au fur et à mesure que notre salaire rembourse ce prêt, le banquier remplace l’argent magique qu’il a créé par l’argent de notre travail, donc par les valeurs que nous avons générées… Et ainsi la masse monétaire a augmentée du capital que nous remboursons. Voilà une horlogerie parfaitement huilée, qui fonctionne sans soucis.

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Modifier les mentalités de l’esclave du travailleur moyen pour enfin parvenir à ce somptueux monopole a nécessité les efforts successifs de nombreux connards au fil du temps. Ceux qui nous ont convaincu que la valeur est le fruit du travail, et non celui de chacune de nos actions. Ceux qui nous ont fait croire que créer de l’argent est plus important que de créer de la valeur. Ceux qui ont conçu les mécanismes pour créer, canaliser et endiguer les flux monétaires… Et ceux qui ont décrédibilisé les hommes politiques jusqu’à ce qu’on leur retire la responsabilité de l’argent. Car aujourd’hui, pour créer de l’argent, même les états doivent emprunter aux banques.

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Quel intérêt de déplacer une rivière de son lit, de créer aqueducs et canaux d’irrigation… Si ce n’est pour y installer un barrage, une dérivation remplissant vote citerne personnelle ? Lorsque tout un faisceau de Bastardises se met en place sur des décennies – que dis-je, des siècles – il est de votre devoir, en tant qu’héritier des Connards de l’Histoire, d’exploiter ce monopole unique. Être la source, les flux et le dépositaire de l’argent est un grand pouvoir qui implique une grande responsabilité. Celle de perpétuer une devise millénaire : l’homme est un Connard pour l’homme.

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Si toi aussi tu te sens l’âme d’un connard ou d’une connasse, et que tu as envie d’inspirer aux auteurs de ce graphic novel une Bastardise de ton cru… fais-nous en part dans les commentaires !

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2 réflexions au sujet de « 16 – Être la source et l’océan [les banques, 3/∞] »

  1. Mes grands-parents m’ont conseillé dès ma tendre jeunesse de ne jamais faire de prêt. Ils ont acheté une chose après l’autre : d’abord une table et des chaises, un four et ainsi de suite. A force de patience et au fil des années, ils ont pu avoir tout ce dont ils avaient besoin et ils étaient heureux. J’ai suivi leur conseil : je ne suis pas propriétaire, mais j’ai tout : un toit sur la tête, l’ameublement nécessaire à mon quotidien, à manger tous les jours et surtout : aucune dette (même si mes revenus sont modestes et ne donnent droit à aucune aide). Je porte des fringues qui ont plus de dix ans et l’équipement de mon intérieur n’est pas du « dernier cri », mais je n’ai pas envie de subir une prison de plus, on en a déjà assez !

  2. Excellent ! D’ailleurs, une bastardise s’impose sur les intérêts composés, une des plus grandes arnaques de cette civilisation. Ou sur les intérêts tout court. Dire qu’à une certaine époque, l’église s’opposait au prêt avec intérêt. Pour un peu, ca me donnerait presque envie de finir ma première communion !

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